En présentant un nouveau livre vert sur les transports urbains, le commissaire Jacques Barrot a insisté sur une large série de solutions et de domaines potentiels dans lesquels l’UE pourrait intervenir pour traiter les problèmes d’embouteillage, de pollution et de sécurité dans les villes européennes.
Développements récents et prochaines étapes:
* 15 mars 2008 : Date de clôture de la consultation des parties prenantes sur le livre vert
* Automne 2008 : Date prévue pour le plan d’action sur la mobilité urbaine, à partir de la consultation
Contexte:
Alors que de plus en plus de villes européennes sont confrontées à des problèmes d’embouteillage, de bruit, d’accidents et de pollution, principalement dus au recours excessif à la voiture particulière, la Commission estime qu’il est temps d’élaborer une stratégie européenne sur les transports urbains.
Même si les questions urbaines relèvent généralement du principe de subsidiarité – les Etats développant des solutions à l’échelle locale afin de respecter la situation particulière de chaque ville -, la Commission considère que les administrations locales ne sont pas en mesure de gérer la situation individuellement, étant donné l’ampleur des problèmes rencontrés dans les zones urbaines et leur expansion.
Le trafic urbain est responsable de plus de 10 % de l’ensemble des émissions de dioxyde de carbone, le principal gaz à effet de serre, dans l’UE et de la majorité du monoxyde de carbone et des particules fines dans l’atmosphère. Ces polluants entraînent de graves risques sanitaires, notamment des problèmes respiratoires tels que l’asthme, et provoquent, selon les estimations, 300 000 décès prématurés chaque année.
Les accidents de la circulation en zone urbaine coûtent enfin la vie à 14 000 personnes tous les ans et le nombre de blessés est bien plus élevé.
En outre, l’état quasi-permanent d’embouteillage dans de nombreuses agglomérations et aux alentours donne lieu à une perte économique de presque 100 milliards d’euros, soit 1 % du PNB de l’UE.
La Commission a consulté les parties prenantes au cours des six derniers mois afin de déterminer comment l’UE pourrait apporter son soutien aux autorités locales pour qu’elles règlent ces problèmes, tout en respectant le principe de subsidiarité.
Enjeux:
En présentant le livre vert intitulé « Vers une nouvelle culture de la mobilité urbaine », le 25 septembre 2007, le commissaire aux Transports Jacques Barrot, a formellement ouvert le débat sur la manière de résoudre les maux liés à la mobilité urbaine dont souffre l’Europe.
L’objectif est de créer « des villes fluides et moins polluées, une mobilité urbaine plus intelligente et un transport urbain accessible, sûr et sécurisant pour tous les citoyens européens », a-t-il indiqué. A cet effet, le livre vert suggère entre autres les pistes suivantes :
* Promouvoir des styles de vie moins tributaires de la voiture en rendant les solutions alternatives à la voiture (marche à pied, vélo, transports publics, scooter et moto) plus sûres et plus attrayantes, ainsi qu’en encourageant des solutions telles que la voiture partagée ou le covoiturage et en augmentant la « mobilité virtuelle », c’est-à-dire le télétravail et le téléachat;
* Encourager les villes à mettre en place des systèmes de péage urbain, comme ceux de Londres et Stockholm ;
* Etablir des règles harmonisées pour les zones vertes urbaines, afin de permettre aux autorités locales de mettre en œuvre des mesures comme la piétonisation, les restrictions d’accès ou les péages urbains, sans créer d’obstacles à la mobilité des citoyens et des marchandises ;
* Exploiter les systèmes pour transports intelligents (ITS) pour améliorer la gestion du trafic urbain et l’information des voyageurs ;
* Soumettre l’exploitation des véhicules à des normes minimales de performance harmonisées ;
* Soutenir l’introduction de véhicules propres et économes en énergie par une politique de marchés publics respectueuse de l’environnement, qui signifierait l’internalisation des coûts externes, pendant toute la durée de vie du véhicule faisant l’objet du marché, en utilisant comme critère d’attribution, outre le prix du véhicule, les coûts liés à la consommation d’énergie, aux émissions de CO2 et aux émissions polluantes;
* Enseigner aux nouveaux conducteurs et aux professionnels la manière de réduire leur consommation grâce aux modes de conduite écologique ;
* Limiter l’augmentation de la demande en transport liée à l’étalement des villes (dû à la dispersion des logements, des lieux de travail et des installations de loisirs) grâce à une meilleure planification urbaine ;
* Créer un Observatoire européen de la mobilité urbaine pour collecter et exploiter les données et identifier les bonnes pratiques.
Le puzzle financier
La Commission souligne que les besoins financiers sont considérables. Ils comprennent des investissements dans les infrastructures et des terminaux intermodaux, ainsi que des coûts opérationnels, la maintenance et le remplacement du matériel roulant.
Le livre vert conclut : « Le concours financier de toutes les parties prenantes aux niveaux local, régional, national et communautaire est nécessaire ».
Parmi les solutions potentielles, le livre vert répertorie :
* une meilleure identification des sources de financement, tels que les fonds structurels et le Fonds de cohésion, pour des activités propres de transport urbain ;
* le recours aux systèmes de péage urbain ou les redevances de stationnement pour financer les mesures de transport urbain;
* les partenariats public-privé
Positions:
Le commissaire aux Transports, Jacques Barrot, a rappelé qu’il ne comptait ni imposer des solutions centralisées ne correspondant pas aux conditions locales, ni tenter d’exercer un contrôle sur les villes. Il a cependant ajouté que les autorités locales et les villes européennes ne devraient pas avoir à gérer seules cette situation très délicate.
A titre d’exemple, il a déclaré que l’UE pourrait jouer un rôle de passeur et créer un cadre juridique sur les péages urbains qui aiderait les municipalités à utiliser ces outils.
Concernant le financement, il s’agit, selon lui, d’être prudent sur l’utilisation des fonds structurels et convaincre les villes et les régions d’améliorer leurs utilisation de ces fonds.
Klaus Bondam, vice-maire de Copenhague et Président du Forum de la mobilité d’Eurocities, qui représente les autorités locales de plus de 130 agglomérations dans plus de 30 pays européens, a déclaré que le document représentait un grand pas en avant pour tous les citoyens vivants dans les villes de l’UE. Il a également insisté sur la nécessité de trouver des solutions communes aux défis auxquels les villes sont confrontées, ainsi que d’obtenir un soutien et une coordination au niveau européen.
L’ONG écologiste Transport & Environment (T&E) a expressément demandé à la Commission de présenter une proposition portant sur les marchés publics écologiques des véhicules, qui couvrent non seulement les véhicules utilitaires lourds et la pollution atmosphérique mais aussi les autres catégories de véhicules ainsi que les émissions de CO2.
En ce qui concerne les régimes de tarification, le directeur Jos Dings a appelé la Commission à reprendre son argent et à enfin permettre aux Etats membres d’inclure les coûts sociaux et environnementaux dans leurs régimes nationaux.
Le député européen autrichien Reinhard Rack, du groupe PPE-DE de centre-droite, avait une opinion mitigée. Selon lui, le nouveau livre vert de la Commission sur la mobilité urbaine n’est pas une pièce maîtresse de la législation européenne. Une meilleure gestion des places de parking, des taxes d’embouteillages et des parkings payants ou la mise en place de pistes cyclables sont autant de questions importantes pour l’avenir de nos villes, mais ne constitue pas un signe encourageant de la Commission pour améliorer la législation et réduire sérieusement la bureaucratie.
Michael Cramer, eurodéputé Vert allemand, souligne la contradiction entre la volonté de promouvoir des solutions alternatives aux voitures, telles que le vélo, les bus et les trains, et parallèlement, le fait que 95 % du cofinancement européen soit actuellement destiné aux routes. Pour lui, 50 % au moins devrait être investi dans des formes alternatives de transport.
Sur la question du financement, Jörg Leichtfried, eurodéputé autrichien socialiste, estime que nous disposons de la solution miracle : l’internalisation des coûts externes. Si nous parvenons à la mettre en place, nous pourrons financer le transport public.